Riposte de Washington | Interdiction d’importation sur certains produits et droits de douane relevés sur d’autres

Riposte de Washington | Interdiction d’importation sur certains produits et droits de douane relevés sur d’autres

admin
11 Min Read

(Ottawa) La Maison-Blanche a surenchéri mardi soir dans son conflit commercial avec le Canada en interdisant d’importer certains produits canadiens, notamment des alcools, et en relevant les droits de douane sur d’autres marchandises. Cette nouvelle escalade survient au moment où le premier ministre Mark Carney demande aux Canadiens de faire preuve de résilience.

Publié à

Mis à jour à

Une série de produits, allant des matelas aux bateaux à moteur en passant par les voiturettes de golf, sera frappée par une surtaxe de 50 % à compter du 15 septembre, selon l’un des décrets signés mardi par Donald Trump.

L’interdiction d’importer, visant toutes sortes de boissons alcoolisées, mais aussi certains produits laitiers comme le lactosérum, entrera quant à elle en vigueur le 29 septembre, selon d’autres décrets publiés en même temps.

L’une des annexes relève que certains produits canadiens ne seront à l’inverse plus surtaxés à hauteur de 50 %. Leur liste est nettement plus courte – le papier toilette en fait partie.

« Le Canada nous exploite depuis des années, mais beaucoup ignorent que le gouvernement canadien ainsi que les provinces interdisent aux petites entreprises et aux sociétés américaines de vendre sur les marchés publics canadiens », s’est justifié Donald Trump dans une longue tirade publiée sur son réseau Truth Social en fin d’après-midi. « Ce n’est pas de la réciprocité, c’est une arnaque commerciale canadienne. Désormais : pas de réciprocité, pas d’accès ! »

Il a ensuite indiqué qu’il donnait l’instruction à l’Administration des services généraux (GSA), une agence fédérale chargée de l’approvisionnement, « de prendre toutes les mesures nécessaires pour RETIRER les produits d’origine canadienne des programmes de contrats à attributions multiples de la GSA, à moins que le Canada ne rétablisse une réciprocité totale et équitable pour les agriculteurs et les entreprises américains. »

Cette directive sera appliquée en collaboration avec le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR).

PUBLICATION TIRÉE DE TRUTH SOCIAL

Ni le premier ministre Carney ni le ministre responsable du Commerce Canada – États-Unis, Dominic LeBlanc, n’ont réagi. M. Carney a réuni un groupe de chefs d’entreprise du Québec pour discuter des récents développements dans la relation commerciale avec les États-Unis.

Le Canada a adopté une politique « Achetez canadien » en décembre 2025 et plusieurs provinces l’ont imité dans le cadre de la guerre commerciale avec les États-Unis.

On attendait la réplique américaine mardi aux contre-mesures tarifaires canadiennes entrées en vigueur dès minuit, surtout après les menaces proférées à plusieurs reprises par le président Trump depuis l’échec des négociations le 21 août. Depuis, les négociations sont au point mort.

C’est dans ce contexte tendu que le premier ministre s’est adressé directement aux Canadiens en début de journée, lui qui n’avait aucun évènement public à son agenda. Dans une vidéo de 20 minutes publiée sur YouTube, il leur a demandé de faire preuve de résilience et assuré que son gouvernement viendrait en aide aux secteurs touchés « aussi longtemps qu’il faudra ».

Il a défendu sa décision d’avoir mis fin aux négociations, puis celle d’imposer des contre-mesures tarifaires « dollar pour dollar » en réponse aux nouveaux droits de douane décrétés par l’administration Trump de 50 % sur 28 milliards de marchandises canadiennes.



Lisez « Guerre commerciale : l’heure de la riposte »

Son gouvernement impose désormais des surtaxes de 15 %, de 25 % et de 50 % sur les produits visés par les droits de douane décrétés par les États-Unis en vertu des articles 338 et 232 des lois américaines sur le commerce international.

Exemples de produits américains touchés par la riposte canadienne

  • Produits laitiers : 25 à 50 %
  • Certains produits cosmétiques, maquillage et parfums : 50 %
  • Bois : 25 à 50 %
  • Pâtes et papiers : 25 à 50 %
  • Tapis et revêtements de sol : 25 %
  • Vêtements : 50 %
  • Fer, acier et aluminium : 50 % (plutôt que 25 % auparavant)
  • Appareils électroménagers : 25 à 50 %
  • Thermopompes : 15 %
  • Machines agricoles : 15 à 25 %
  • Meubles : 25 à 50 %
  • Motos, remorques et semi-remorques : 25 à 50 %

« Je ne souhaite pas une escalade de conflit parce que ce n’est pas constructif, a-t-il déclaré. Mais on doit appliquer ses droits de douane pour protéger nos travailleurs, nos entreprises et nos communautés. On ne peut pas laisser les produits américains entrer au Canada sans droits de douane pendant que les États-Unis surtaxent les produits que nos entreprises exportent chez eux. »

Dans les jours suivant l’échec des négociations, le président Donald Trump a affirmé qu’il avait l’intention d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur l’industrie canadienne de l’automobile, à compter du 1er janvier 2027. Lundi, il avait menacé d’interdire la vente d’avions de Bombardier aux États-Unis.

Cette publication sur son réseau Truth Social en suivait d’autres à propos du Canada, plus humiliantes les unes que les autres. Le premier ministre Carney avait indiqué la semaine dernière que le Canada retournerait à la table des négociations lorsque les Américains cesseront leurs insultes.

  • IMAGE TIRÉE DE TRUTH SOCIAL

  • IMAGE TIRÉE DE TRUTH SOCIAL

1/2

Le fond du problème, c’est que les demandes des États-Unis allaient toutes dans le même sens : rendre le Canada encore plus dépendant d’eux. Trop souvent ce qu’ils voulaient, c’était une relation de dépendance, pas un véritable partenariat économique.

Le premier ministre Mark Carney, dans sa vidéo partagée mardi

Les Canadiens sont prêts

Près des trois quarts des Canadiens (73 %) estiment que le gouvernement Carney devrait refuser de faire des concessions au risque d’envenimer encore davantage la relation commerciale avec les États-Unis, selon un sondage de la firme Angus Reid publié mardi. ⁠1

Et ils semblent prêts en à en assumer les conséquences puisque 60 % sont prêts à débourser 10 % ou 20 % de plus pour leurs achats. La moitié croient que le Canada devrait maintenir la ligne dure même s’il entre en récession. Ce pourcentage tombe à 46 % si d’importantes usines quittent le pays et une pluralité de répondants (42 %) continue d’appuyer une réponse canadienne musclée même s’ils en venaient à perdre leur propre emploi.

« Je ne vous dirai pas le contraire. Ce ne sera pas facile, mais le Canada a déjà traversé bien des tempêtes », a reconnu le premier ministre Carney.

« C’est vrai que toute action a un coût, mais ce coût n’est rien comparé à celui de l’inaction », a-t-il ajouté.

Plus de 40 % des Canadiens estiment qu’Ottawa devrait attendre après les élections de mi-mandat le 3 novembre pour reprendre les négociations avec les États-Unis. Les menaces du président Trump contre Bombardier sont même devenues un enjeu de campagne électorale au Kansas où le fleuron québécois a une usine. Plusieurs élus républicains ont exprimé publiquement leur désaccord sur les réseaux sociaux.

PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Mark Carney et Donald Trump en 2025

Le premier ministre Carney a rappelé que son gouvernement a bonifié les mesures d’aide pour les entreprises et les travailleurs. Elles totalisent 7,5 milliards, dont 3,5 milliards de soutien au revenu pour les employés dont les heures seront réduites ou qui perdront leur gagne-pain.

Il a aussi défendu son plan pour « bâtir un Canada fort » qui consiste, entre autres, à doubler les exportations canadiennes à l’extérieur des États-Unis et à attirer 1000 milliards de dollars en investissements au cours des cinq prochaines années pour renforcer l’économie canadienne.

« À bien des égards, le Canada est né en réponse à l’agression des États-Unis, a-t-il déclaré. Le tout premier premier ministre du Canada, Sir John A. Macdonald a vu que l’expansionnisme américain représentait une menace et il s’est empressé d’unir le pays. »

Il a dressé un parallèle entre la construction du chemin de fer Canadien Pacifique à la fin du 19siècle et son projet de lier les réseaux électriques d’un bout à l’autre du pays « parce que maîtriser notre énergie, c’est maîtriser notre destinée ».

« On est aujourd’hui plus fort qu’au moment où les États-Unis ont déclenché cette guerre commerciale, a-t-il affirmé. On est plus unis, plus déterminés, plus ambitieux. »

Il a souligné que les investissements directs étrangers ont récemment atteint un sommet qui n’avait pas été observé depuis 20 ans et les exportations dans des marchés autres que celui des États-Unis connaissent une forte hausse.

Et il a rappelé que le Canada avait déjà vécu une salve tarifaire de 50 % en 1890 pour « forcer le Canada à se soumettre et à s’annexer aux États-Unis » et qu’il avait fini par triompher tandis que nos voisins du Sud se sont enfoncés dans une dépression économique.

⁠1. Le sondage a été réalisé les 3 et 4 septembre auprès d’un échantillon aléatoire 1498 adultes canadiens tirés du forum Angus Reid. Un sondage entièrement probabiliste aurait eu une marge d’erreur de plus ou moins 2 %, 19 fois sur 20.

Avec Chloé Bourquin, La Presse, et l’Agence France-Presse

Source link


Discover more from BrandedNepal | Shop Nepal’s Best Local & Global Brands

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Share This Article
Leave a Comment