Abolition du PEQ : « On est en train de programmer la destruction de ma famille »

Abolition du PEQ : « On est en train de programmer la destruction de ma famille »

admin
6 Min Read

Un Français enraciné à Val-d’Or craint que l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) le force à retourner en Europe et à laisser sa famille derrière lui. Mathieu Hirschy, 46 ans, demande à Québec de revoir sa décision pour laisser les immigrants comme lui obtenir leur résidence permanente.

Assis dans sa cuisine, Mathieu Hirschy nous a offert une entrevue ponctuée par les cris de sa petite Abigaëlle, née en juin dernier. Maintenant père de deux jeunes Québécoises, il se demande s’il aura le privilège de les voir grandir.

On est en train de programmer la destruction de ma famille, lance-t-il. Je fais des insomnies toutes les nuits. Je reste éveillé parce que j’angoisse. Même au travail, ça commence à être difficile.

L’abolition du PEQ bouleverse la vie du français Mathieu Hirschy, qui a eu deux filles au Québec.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirer

Mathieu Hirschy s’est établi au Québec fin 2021, après avoir passé une bonne partie de sa vie à conduire des trains en France. C’est son amour pour Stéfanie Toussaint, sa compagne rencontrée en ligne, qui l’a poussé à s’établir à Val-d’Or.

Diplômé en dessin de bâtiment depuis juillet 2023, M. Hirschy misait sur le PEQ pour obtenir sa résidence permanente.

La fin du programme, suspendu le mois dernier, le laisse dans une angoisse profonde où il appréhende le pire. À moins d’un revirement, il devra quitter la province en septembre, après l’expiration de son permis de travail postdiplôme.

J’ai l’impression que tout ce que j’ai construit depuis quatre ans, mes enfants, tout ça n’a aucune valeur aux yeux du gouvernement […] Je ne suis pas sans domicile fixe. J’ai acheté une maison. J’ai un revenu. Je participe à la vie économique.

Sa compagne, Stéfanie Toussaint, également inquiète, admet qu’elle n’aura pas les moyens de conserver la maison si Mathieu vient à partir. L’accompagner en France n’est pas non plus une option, étant donné qu’elle a trois enfants d’une précédente union, dont Nathan, présent lors de l’entrevue.

Stéfanie Toussaint et sa plus jeune fille, Abigaëlle, 5 mois.

Stéfanie Toussaint et sa plus jeune fille, Abigaëlle, 5 mois.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Porier

De se dire que mes filles ne verront pas leur père pendant plusieurs années, de penser qu’on pourrait se retrouver à la rue, est-ce que je vais être capable de subvenir aux besoins et d’assumer les coûts?, se demande-t-elle.

Un enfer pour les personnes en attente d’une réponse

Le PEQ étant aboli, les immigrants qui désirent obtenir une résidence permanente doivent s’en remettre au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Ce récent programme, qui classe les immigrants en fonction d’un système de pointage, n’a invité que 1038 personnes à déposer une demande de résidence permanente depuis juillet dernier, soit moins de 2 % des travailleurs immigrants.

Le directeur général de la Mosaïque Interculturelle à Rouyn-Noranda, Valentin Brin

Le directeur général de la Mosaïque interculturelle à Rouyn-Noranda, Valentin Brin

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Le directeur général de la Mosaïque interculturelle à Rouyn-Noranda, Valentin Brin, croit qu’il pourrait s’écouler encore plusieurs mois avant que le programme soit pleinement opérationnel.

A priori, il y a suffisamment de place dans le PTSQ pour introduire les candidats du PEQ, ce qui doit modérer l’inquiétude, explique-t-il. Le seul problème, c’est que le délai de conversion des dossiers risque de prendre de six à douze mois, ce qui est un enfer pour les personnes en attente d’une réponse. Ça représente beaucoup de doutes et de pression.

Mathieu Hirschy compte déposer sa candidature lors des prochains appels du PSTQ, prévu plus tard en décembre et en janvier par le gouvernement.

Mathieu Hirschy et Stéfanie Toussaint se sont rencontrés en ligne, alors que le premier vivait toujours en France.

Mathieu Hirschy et Stéfanie Toussaint se sont rencontrés en ligne, alors que le premier vivait toujours en France.

Photo : Radio-Canada / Gabriel POirier

S’il songe à contacter un avocat spécialisé en immigration, c’est surtout à l’humanité du ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, qu’il s’en remet pour obtenir des changements.

Si vous avez un cœur, M. Roberge, pensez un peu aux familles que vous êtes en train de détruire. Regardez les enfants de ces familles et pensez à ça, appelle Mathieu Hirschy en réclamant l’adoption d’une clause grand-père.

Éléonore est atteinte d'une maladie rare, qui force ses parents à l'amener régulièrement à l'hôpital.

Éléonore est atteinte d’une maladie rare, qui force ses parents à l’amener régulièrement à l’hôpital.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Ce n’est pas normal de dire à des gens établis ici depuis plusieurs années qu’ils doivent tenter leur chance dans un programme où ils sont tirés au sort pendant que des immigrants continuent d’arriver au Québec, complète-t-il.

Le ministre Jean-François Roberge a affirmé le mois dernier que le gouvernement n’envisageait pas l’instauration d’une clause de droit acquis.

Il a également soutenu que le PSTQ favorisera les diplômés du Québec ainsi que les travailleurs étrangers déjà sur le territoire.

Source link

Share This Article
Leave a Comment