Le président américain Donald Trump vient d’annoncer un virage majeur des approvisionnements américains vers la potasse du Bélarus. Dans une publication sur ses réseaux sociaux, il a indiqué que les États-Unis travaillaient sur un accord avec Minsk afin de réduire leur dépendance envers la potasse canadienne.
Donald Trump affirme que les prix seraient relativement plus bas
que ce que paient actuellement les Américains pour la potasse canadienne.
Dans sa publication, le président a qualifié cet accord potentiel avec le régime autoritaire bélarusse, allié de Moscou, de très bonne nouvelle
pour les agriculteurs et éleveurs des États-Unis.
Le cours de la potasse avait bondi en flèche au lendemain de l’invasion russe de l’Ukraine. Même s’il a reculé depuis, il demeure supérieur aux niveaux enregistrés avant la guerre.
Canada, plus grand producteur de potasse dans le monde
Les États-Unis restent largement dépendants du Canada pour leur approvisionnement en potasse. Selon le géant des engrais Nutrien, établi à Saskatoon, le Canada fournit près de 80 % de la potasse épandue sur les terres agricoles américaines.
D’après Ressources naturelles Canada, les États-Unis ont importé pour près de 4,2 milliards $ de potasse en 2025, ce qui représente environ la moitié de la production canadienne.
Les dix mines en exploitation au Canada se situent toutes en Saskatchewan. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Liam Richards
Exempte de droits de douane américains jusqu’à présent, la potasse constitue une composante essentielle de l’engrais pour la fertilisation des sols.
Le Canada demeure le premier producteur et exportateur de potasse dans le monde. Le pays assure près du tiers de la production mondiale, devant la Russie et le Bélarus. Le pays possède également les plus vastes réserves mondiales, estimées à 1,1 milliard de tonnes. Les dix mines en exploitation au Canada se situent toutes en Saskatchewan.
En 2024, les trois principales destinations de la potasse canadienne à l’exportation étaient les États-Unis (53 %), le Brésil (14 %) et la Chine (6 %).
Une nouvelle qui fait réagir à l’échelle du pays
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, critique la décision de Donald Trump de se tourner vers la potasse bélarusse.
Acheter de la potasse tachée de sang du Bélarus revient à soutenir l’agression russe.
C’est une erreur et cela n’a aucun sens
, ajoute Scott Moe, en rappelant les sanctions imposées sur la Russie.
De son côté, le député fédéral de Regina-Qu’Appelle et leader à la Chambre de l’opposition officielle, Andrew Scheer, estime que la situation est inquiétante.
Il a appelé le gouvernement de Mark Carney à agir dès maintenant et à lever la taxe carbone sur les industries, dont la potasse. Selon lui, cela a un impact sur l’augmentation des coûts pour les producteurs et, par conséquent, pour le prix des engrais.
Clairement, le gouvernement doit contrôler ce qu’il peut. C’est Mark Carney qui a le pouvoir et la capacité d’améliorer la situation pour les producteurs de potasse
, soutient Andrew Scheer, estimant que le gouvernement met à mal les producteurs de potasse par des politiques anticompétitives.
Quant à la cheffe du Nouveau Parti démocratique de la Saskatchewan, Carla Beck, elle a réitéré son soutien aux entreprises saskatchewanaises et aux travailleurs qui produisent éthiquement et dans le respect des droits de la personne
.
C’est pourquoi c’est enrageant de voir Donald Trump attaquer l’industrie de la potasse en Saskatchewan, en disant envisager de signer un accord avec un État satellite de la Russie qui soutient la brutale guerre russe contre le peuple ukrainien
, ajoute la cheffe néo-démocrate.
Elle explique que la stratégie du Parti saskatchewanais ne fonctionne pas et qu’une vraie réponse est nécessaire pour envoyer un message à Donald Trump.

Selon le dernier budget provincial, la potasse représente 4,4 % des revenus de la Saskatchewan. (Photo d’archives)
Photo : Reuters / Nayan Sthankiya
Fertilisant Canada, une association qui représente des producteurs et des distributeurs, indique que le Canada a toujours été le fournisseur de potasses le plus fiable pour les producteurs de l’Amérique du Nord.
Elle cite notamment la proximité géographique, la disponibilité du produit et la capacité de livrer durant des moments critiques.
Une chaîne d’approvisionnement intégrée d’engrais nord-américain aide à soutenir la productivité, l’abordabilité et la sécurité alimentaire des deux côtés des frontières
, souligne l’association.
L’entreprise Nutrien, géant saskatchewanais de la potasse, n’a pas voulu faire de commentaires sur la situation dans l’immédiat.
Une réponse du gouvernement fédéral est toujours attendue.
La réouverture du dialogue suite au dégel de fonds
Le président du Bélarus, Alexander Lukashenko, a annoncé, le 11 septembre dernier, la reprise de l’exportation de la potasse vers les États-Unis. Cette annonce survient après la levée des sanctions américaines sur le pays.

Le président du Bélarus, Alexander Lukashenko, est considéré comme un allié de Vladimir Poutine. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Alexander Zemlianichenko
Le président bélarusse a également affirmé vouloir récupérer 40 millions $ bloqués
dans le système bancaire américain.
La Russie et son allié sont de grands producteurs de potasse dans le monde. Cependant, les sanctions imposées sur les deux pays et la fermeture d’un port stratégique sur la côte baltique de la Lituanie ont rendu l’exportation de la potasse russe vers les États-Unis à travers l’arctique trop coûteuse.
Les États-Unis importent toujours de la potasse russe, mais la majeure partie de leur potasse provient du Canada.
Un impact minime sur le prix
Josh Linville, analyste financier spécialiste des engrais de StoneX, doute que l’importation de la potasse du Belarus ait un impact sur les chaînes d’approvisionnement des agriculteurs américains et entraîne une baisse des prix.
L’impact serait assez limité, nous n’avons pas de problème à trouver de la potasse
, affirme-t-il. Nous en avons suffisamment en circulation, mais ce qui nous manque, c’est l’azote et le phosphate.
Même si la Lituanie accepte d’ouvrir le port de Klaipeda à l’exportation de potasse, la valeur actuelle de la potasse est relativement faible. D’après Josh Linville, cela ne justifie pas le fait de l’importer à travers la mer Baltique et l’océan Atlantique.
Il est à noter que la guerre en Iran a limité l’approvisionnement en azote et phosphate, soit les matières premières pour les engrais. La plupart des cargaisons d’engrais azotés, de gaz naturel et de soufre, un composant essentiel à l’extraction de phosphate, en provenance des pays du Golfe, reste bloquées dans la région.
Avec les informations de La Presse canadienne et de Reuters
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