En avril dernier, la Banque du Canada avait opté pour la stabilité, après sept baisses d’affilée des taux d’intérêt. Avec de nouvelles menaces tarifaires de Donald Trump, que fera le gouverneur Tiff Macklem mercredi? Va-t-il opter de nouveau pour un maintien du taux à 2,75 % ou sera-t-il influencé par les voyants jaunes sur son tableau de bord économique?
La banque centrale se trouve dans une situation assez inédite. Elle doit composer avec deux phénomènes qui la placent entre l’arbre et l’écorce et qui tirent dans des directions opposées.
Le contexte tarifaire amène des pressions sur les prix, mais fait aussi en sorte de ralentir l’économie canadienne, si bien qu’une récession pourrait survenir plus tard dans l’année.
La Banque du Canada doit donc contrôler l’inflation, ce qui est son mandat principal, tout en permettant à l’économie canadienne d’avoir suffisamment d’oxygène. Une décision à haut risque, au moment où le président américain Donald Trump menace de faire passer les tarifs sur l’acier et l’aluminium de 25 % à 50 %, ce qui aurait des répercussions au Canada.
Statu quo?
L’écran est tellement brouillé que les économistes ne s’entendent pas sur la teneur de la décision de la Banque du Canada du 4 juin.
Il n’y a aucune raison pour que la Banque du Canada réduise ses taux
, écrit pour sa part Derek Holt, vice-président et économiste à la Banque Scotia.
Pour lui, les prix au Canada ne sont pas encore contrôlés.
L’inflation sous-jacente reste excessive malgré une légère marge de manœuvre, tandis que d’autres facteurs contribuent à maintenir la pression
, soutient-il.
L’inflation alimentaire et la hausse du prix des loyers touchent davantage de ménages qu’auparavant. (Photo d’archives)
Photo : iStock / sergeyryzhov
En avril, l’inflation au Canada s’est arrêtée à 1,7 %, en baisse de 0,6 % comparativement au mois de mars, ce qui a été vu comme une bonne nouvelle. La baisse s’explique toutefois par la fin de la taxe carbone dans toutes les provinces canadiennes, sauf le Québec, où l’inflation a d’ailleurs augmenté à 2,2 %.
Les consommateurs n’ont cependant pas eu de répit à l’épicerie, où l’augmentation du coût des aliments s’est accélérée, avec des prix en hausse de 3,8 %.
Il s’agit du troisième mois d’affilée où la progression des prix des aliments achetés en magasin dépasse celle de l’indice des prix à la consommation [IPC] d’ensemble
, a d’ailleurs souligné Statistique Canada.
Une baisse de 25 points?
Cela ne devrait toutefois pas empêcher la Banque du Canada d’aller de l’avant avec une baisse de 25 points de base, croit au contraire Jimmy Jean, économiste en chef chez Desjardins.
Le risque d’avoir une stagflation ou une inflation en forte hausse s’est atténué. La banque ne se tromperait pas avec une baisse
, a-t-il soutenu en entrevue à Zone économie.
La Banque du Canada doit aussi considérer les risques pour l’économie canadienne au cours des prochains mois. Le marché de l’emploi au Canada s’est dégradé et le taux de chômage était de 6,9 % au mois d’avril, en hausse de 0,2 %.

Jimmy Jean est vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Si l’économie canadienne a surperformé au premier trimestre, avec une croissance de 2,2 %, c’est en raison de la hausse des exportations juste avant l’imposition des tarifs. À d’autres endroits, l’économie montre des signes de ralentissement.
Les pertes d’emplois s’accumulent dans le secteur manufacturier, les entreprises hésitent à embaucher. Deux des trois grandes villes canadiennes, Toronto et Vancouver, ont un marché de l’habitation en déclin
, signale M. Jean.
La demande intérieure demeure également faible et les dépenses des consommateurs sont à leur plus bas en plusieurs mois.
Il y a aussi un ralentissement de la démographie. Le niveau de l’endettement des ménages est très important. Et il faut se rappeler que la politique monétaire met toujours de 12 à 18 mois avant d’agir. ll faut prendre cela en considération
, constate M. Jean.

L’endettement des ménages est très important au Canada. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Un nouvel assouplissement est nécessaire
La Banque Nationale est du même avis et croit qu’un nouvel assouplissement est nécessaire pour soutenir le marché immobilier et atténuer les chocs de paiement pour les emprunteurs
.
Seulement cette année, 1,2 million de propriétaires doivent renouveler leur hypothèque. Plus de 80 % d’entre eux avaient signé pour des paiements fixes au moment où les taux étaient au plancher. Un choc est donc à prévoir.
Nous maintenons notre opinion selon laquelle les taux d’intérêt actuels sont trop restrictifs compte tenu de la conjoncture économique
, écrivent les économistes Matthieu Arseneau et Kyle Dahms.
Compte tenu de l’excédent de l’offre et d’une inflation en grande partie contenue, la Banque du Canada devrait envisager des mesures de soutien supplémentaires dans les mois à venir
, poursuivent-ils.
Tout comme d’autres institutions financières, la Banque Nationale prévoit que le taux directeur pourrait atteindre 2 % d’ici la fin de l’année. On aura un début de réponse mercredi prochain.


